HARRIMAN (W. A.)


HARRIMAN (W. A.)
HARRIMAN (W. A.)

W. Averell HARRIMAN 1891-1986

Né à New York, le 15 novembre 1891, William Averell Harriman était le fils d’un magnat des chemins de fer, Edward Harriman, qui, à lui seul, posséda 103 000 km de rail, plus qu’aucun homme n’en contrôla jamais. Il est donc élevé de facon princière: la demeure familiale comprenait cent pièces à Arden (New York). Il fait de bonnes études, d’abord dans une prestigieuse école privée, Groton, puis à l’université Yale. Comme tout jeune homme riche qui se respecte, il est avant tout sportif: ski et polo. Il entre dans l’entreprise familiale, Union Pacific, et en devient rapidement président après la mort de son père en 1909. Il tente de surpasser le génie paternel en diversifiant ses activités dans les transports maritimes et l’aviation, sans succès. Il connaîtra une plus grande réussite dans la banque d’investissements qu’il crée avec son frère. C’est alors que son intérêt pour l’U.R.S.S. se développe. Il avait déjà visité la Russie, à huit ans, avec son père, lors d’une expédition qui alla jusqu’en Sibérie. Il retourne à Moscou en 1926 pour inspecter une concession obtenue pour l’exploitation d’une mine de manganèse dans le Caucase. Il rencontre alors Trotski durant plusieurs heures. Il en tire la conclusion que la révolution bolchevique n’est pas «la voie de l’avenir» et estime que, «malgré ses indéniables réussites, [elle] constitue un retour en arrière pour le développement de l’humanité». Pour autant, il demeure persuadé que, «pour le meilleur ou pour le pire, le régime soviétique est un fait acquis». Cette vision des choses fondera définitivement sa vision de l’Union soviétique.

Rien ne prédestinait ce patricien à devenir un conseiller écouté des présidents démocrates: sa caste ne haïssait-elle pas leur parti qui prétend donner quelques miettes de la réussite américaine aux plus défavorisés? Mais les familles Roosevelt et Harriman sont liées d’amitié, et ces grands bourgeois croient tous deux au service public et à la communauté de destin des classes: après la grande crise de 1929, privilégiés et défavorisés périront ensemble ou survivront ensemble. C’est ce que n’admettra jamais la grande bourgeoisie, qui les considère tous deux comme des traîtres à leur classe, alors qu’ils en permettent le maintien.

Averell Harriman devient donc, dès 1933, un des hommes de Franklin Roosevelt. Il alterne les tâches de politique intérieure et les missions diplomatiques. Ces dernières, dues à sa connaissance de l’U.R.S.S., resteront son titre de gloire. Après plusieurs missions à Moscou, il est notamment ambassadeur des États-Unis en Union soviétique entre 1943 et 1946 et participe à toutes les conférences alliées de 1941 (Charte atlantique) à 1945 (Potsdam). Il soutient vigoureusement l’alliance américano-soviétique contre le nazisme, mais il est aussi parmi les premiers à s’inquiéter – dans un câble de septembre 1944 – des appétits impérialistes de Staline: sans croire en rien à l’inévitabilité d’une guerre entre les deux Grands, il estime que les États-Unis doivent faire savoir à l’U.R.S.S. jusqu’où elle ne doit pas aller trop loin. C’est à ce titre qu’il croit indispensable la mise en place de l’O.T.A.N. et le soutien des démocraties occidentales les plus faibles et/ou les plus tentées par le communisme grâce au plan Marshall, dont il est le directeur européen de 1948 à 1950. Après avoir été conseiller pour les Affaires étrangères du président Harry Truman en 1950 et en 1951, l’arrivée des républicains au pouvoir et les attaques dont lui-même a été l’objet à l’occasion du renvoi du général Douglas MacArthur le convainquent de se lancer dans la politique partisane, sans grand succès. Certes, il est gouverneur de l’État de New York de 1955 à 1958, mais il est alors battu à plate couture par Nelson Rockefeller. Ses ambitions présidentielles, ouvertement déclarées en 1952 et en 1956, ne soulèvent aucun enthousiasme.

Lors du retour aux affaires des démocrates avec l’élection de John Kennedy en 1960, il revient au Département d’État. Après de longues négociations, il sera le principal réalisateur des accords de Genève (1962) sur la neutralité du Laos. Entre 1963 et 1969, il s’occupe principalement du Vietnam et réussira, non sans peine, à convaincre Lyndon Johnson et Dean Rusk de l’inéluctabilité de négociations avec Hanoi. Celles-ci s’ouvrent à Paris en plein Mai-68. Averell Harriman est le chef de la délégation américaine. Mais les Sud-Vietnamiens réussissent à faire traîner les choses jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Richard Nixon. La paix devra attendre jusqu’au cessez-le-feu de janvier 1973: entre-temps, le Cambodge a été irrémédiablement entraîné dans le conflit. Averell Harriman n’a malheureusement pas été écouté assez tôt par les démocrates, et leurs successeurs républicains l’entendent encore moins, voire l’insultent, comme le vice-président Spiro Agnew qui l’accusera d’avoir préféré «faire confiance aux communistes» aux dépens des vies et des libertés. Pourtant, au soir de sa vie, ce grand serviteur des États-Unis ne reste ni muet ni inactif. Sa résidence de Washington demeure le lieu de passage obligatoire de tous ceux qui comptent dans le monde. Il ne manque jamais de faire connaître publiquement son sentiment sur les décisions gouvernementales.

Ainsi critique-t-il à maintes reprises l’«irresponsabilité» de Ronald Reagan dans les négociations menées avec l’U.R.S.S. sur la réduction des armements nucléaires. Enfin, il favorise la connaissance de l’Union soviétique (par la création de l’institut qui porte son nom à l’université Columbia) et le renforcement du Parti démocrate.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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